d) Reconsidération de l'image de la femme moderne

L'inégalité des droits entre la femme et l'homme a été la règle pendant des millénaires dans presque toutes les sociétés. Au cœur de la démarche féministe du XX siècle se situe le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire à n’être pas définies, jugées, étiquetées au nom d’une quelconque définition positive ou négative du féminin.

Il s'agit bien d'accéder au statut d’« individue », de citoyenne, sans être enfermée dans des déterminations particulières, niée ou masquée par un universel humain au masculin. On mesure à quel point les problématiques féministes sont « modernes » et se penchent sur les enjeux fondamentaux de nos sociétés prises entre l’affirmation de la foi en une raison universelle et l’affirmation passionnelle des particularismes.

Si dès la naissance, l’homme est socialement classé en fonction de son sexe, pour la sécurité sociale, l’école et l'université, l'emploi,etc, les mouvements de femmes traversent et ébranlent ses différenciations sociales de classe, de religion, de rôle en se revendiquant comme femmes d’abord.

Ils rendent possible une rupture par rapport aux rôles assignés par des statuts sociaux figés dans la tradition. Dans la plupart des sociétés connues, la séparation est le mode de gestion dominant des rapports entre les sexes : séparation des espaces (public/privé), des activités (division sexuelle du travail), des rôles. Dans les sociétés démocratiques, l’égalité entre les individus est proclamée comme fondement du politique, chaque citoyen ayant le droit de vote.

Certes, le principe démocratique de l’égalité entre des citoyens sujets de droits, s’appliquera dans un premier temps aux seuls citoyens hommes et il faudra encore attendre un siècle après la proclamation du suffrage dit « universel » pour que les femmes y accèdent à leur tour et deviennent de ce fait des citoyennes à part entière. Le droit de vote en 1944 et l’inscription du principe d’égalité entre les sexes dans le préambule de la constitution en 1946 vont permettre aux femmes d’accéder au statut d’individu, sujet de droits.

Partant de là, le statut social des femmes sera déterminé de façon dépendante et seconde par les débats concernant la citoyenneté, l’égalité, l’individualisme comme marque du modernisme. Les femmes tenteront également d’obtenir davantage de droits quant à leur vie privée.

C'est dans ce contexte que s'est inscrit le combat de Simone Veil pour le droit à l'avortement, provoquant une dynamique nouvelle dans le combat des femmes pour leur émancipation de par l'onde choc qui a secoué les mentalités et les croyances.

Principales avancées législatives en France au XXeme siècle

1900 : La loi du 1er décembre ouvre le barreau aux femmes : Jeanne Chauvin devient la première avocate

1924 : Les programmes de l'enseignement secondaire ainsi que le baccalauréat deviennent identiques pour les filles et les garçons

1944 : Par ordonnance du 21 avril, signée par le Général de Gaulle, "les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes"

1945 :
Les femmes votent et sont élues pour la première fois aux élections municipales d'avril, puis en octobre pour l'Assemblée constituante


1946 :
Le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines est désormais inscrit dans le préambule de la Constitution


1947 :
Dans le gouvernement de Robert Schuman, Germaine Poinso-Chapuis est la première femme nommée ministre

1957 :
Le Traité de Rome, fondateur de la Communauté économique européenne, pose le principe de l'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes

1965 : Les femmes peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans autorisation maritale (loi du 13 juillet)

1967 : Loi Neuwirth (28 décembre) : la contraception est légalisée

1972 :
Le principe de l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes est inscrit dans la loi

1975 :
La loi Veil autorise l'interruption volontaire de grossesse (IVG) pour une période probatoire de cinq ans


1975 : La loi Haby et ses décrets d'application organisent l'obligation de mixité dans tous les établissements publics d'enseignement

1975: Rétablissement du consentement mutuel en matière de divorce

1983 : La loi Roudy établit l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

1985 :
Loi relative à l'égalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants



Principales avancées législatives en France au XXIeme siècle


2000 : La loi relative à l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives permet la mise en oeuvre du principe de parité politique

2001 :
Adoption de la loi Génisson sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Cette loi actualise et renforce la loi de 1983


2004 :
La Charte de l'égalité entre les hommes et les femmes est signée par le Premier ministre

2004 : L'accord national interprofessionnel
du 1er mars relatif à la mixité et à l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est signé par l'ensemble des syndicats


2004 :
La Loi relative au divorce prévoit l'éloignement du conjoint auteur de violences du domicile

 

Au niveau international, l'égalite des sexes et le respect de la femme sont tout autant d'actualité.

En septembre 1995, à Pékin, la Déclaration et le Programme d'action ont invité la communauté internationale à s'engager pour la promotion de la femme et l'égalité des sexes. La déclaration, signée par 189 Etats, les exhorte à mettre en œuvre tous les moyens vers une réelle égalité
homme/femme, une politique de développement et un engagement vers la paix.

Les Nations unies ont célébré, le 13 octobre 2004, le 25e anniversaire de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 25 ans après l’adoption d’un texte que l’on considère comme une véritable charte des droits de la femme, cet anniversaire a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers la reconnaissance et la mise en œuvre des droits de la femme dans le monde.

Il est cependant nécessaire de constater que malgré l'accélération des lois dans la plupart des pays développés, aucun pays au monde n’a atteint la pleine égalité entre les sexes, que ce soit de jure ou de facto. Dans de nombreux pays, les femmes continuent de subir des discriminations en matière de mariage, de divorce, d’héritage et de nationalité. Les traditions, coutumes, et attitudes stéréotypées constituent des obstacles considérables à l’égalité et à la jouissance des droits fondamentaux.

En France, c'est indubitablement la loi Veil qui a initié une accélération législative en faveur d'un plus grand respect des droits de la femme et de sa liberté .